Oiseau blessé. Tu demandes le repos. Tu demandes le recueillement d’une main. Tu demandes la chaleur d’une paume. Oiseau blessé. Ton aile est noire et violente. Tes traits sont hachurés. Tu portes sur toi les éraflures du monde. Oiseau blessé. Est-ce les larmes qui coulent de ton oeil? Est-ce la nuit déjà dans ton regard? Oiseau blessé. Appelles-tu la mort ou la fuis? Juste un recueillement je sais. Te peux-tu recueillir en toi-même? Oiseau blessé. Sous ta peau l’écorchure de l’asphalte. Au bout des chemins n’aurait pas été différent. Là comme ici l’asphalte s’étend. C’est le même râpeux pauvre toi du monde. Oiseau blessé. Et si tu faisais aller ton bec? Il est violent et acéré comme le reste de toi. Les cris qui en sortiraient je n’ose pas. Oiseau blessé. Ou mort déjà peut-être. N’y pense pas ou tu pleurerais. Qui recueillerais un pauvre oiseau mort? Oiseau blessé. Tu n’as qu’une seule aile pour ne plus voler. Tu n’as qu’un seul oeil pour ne plus regarder. Et même ton bec ouvert il ne mord plus que silence. Oiseau blessé. Aplati sur l’asphalte d’un monde trop dur. Quelles roues ont sur toi roulé? Pourrait-on seulement te décoller? Oiseau blessé. N’est qu’une part sais-tu de toi-même. Et c’est ta seule et grande chance. Tu n’auras pas à attendre une main étrangère. Oiseau blessé. Car tu es et la main et l’oiseau. Apprends à te considérer comme un oiseau blessé. Aie pour toi la chaleur d’un nid. Oiseau blessé. Restera le noir et le sommeil et peut-être la mort. Ceux-là que tu peux prendre au creux de ta main. Et réchauffer de l’exhalation de ton souffle. Oiseau blessé. Presse tout contre toi ton oiseau blessé.
Tu aspires à la brèche
Pour le combat qu’on te demande, pour l’arène où on te jette, que t’avait préparé? Tu es jeté là dans ce monde, sans armes, et celles que pour t’en défendre tu t’es fabriqué ne te sont de rien. Tout ce que tu possèdes est impalpable, et plaqué là au fond de toi, surface sensible et …
Une expropriation
Pendant le jour j’avais écrit depuis les impressions et répulsions associées au cheval. C’était le même procédé d’inventaire et le même topos violent que j’avais habité quelques jours auparavant, depuis les souvenirs de fusils. J’avais commencé – mauvaise habitude – à imaginer un texte qui serait fait de cela, de terre et de sang, et …
L’amour des fusils
Tentative d’inventaire des souvenirs, impressions et sentiments liés à l’objet fusil.
Très jeune, derrière le poêle à bois, le fusil calibre 12 de mon père. Quand je pense fusil, je pense toujours ce fusil. Il nous suivrait dans le déménagement.
Se faire expliquer la différence entre un fusil et une carabine. J’aurais plutôt eu tendance, spontanément, à …
L’appel du vide
Dans ces moments où on en aurait le moins tendance ou envie, où pour une raison ou pour une autre on est porté à l’attente, l’agitation, l’espérance, jamais en autre temps pourtant l’arrêt ne saurait être si indiqué et profitable.
C’est que, ce qu’on a considéré d’abord comme trébuchement, était en réalité brûlement et appel d’air …
