Tes murs en pans

Tes murs en pans. En pans de ruine, ta cage n’est que vide entre reliefs ruiniformes, qu’ébranlent encore les secousses nouvelles. Tes murs en pans. Ainsi s’élèvent, s’élèvent de tomber, dans de grands bruits sourds de pierres lourdes, sur tes parois, sur tes parois. Tes murs en pans. Tes murs, en pans, sont élévations anciennes, gauloises, menhirs, dolmens, parois détachées, vieilles et bleu-gris. Ne t’en défend pas, à quoi bon, s’ils sont ainsi, tes murs. Tes murs en pans. Tes murs arénés en pans. Tes murs écroulés en pans. Tes murs ruinés en pans. Tes murs effondrés en pans. Tes murs déchirés en pans. Tes murs hachurés en pans. Tes murs abattus en pans. Tes murs, tes murs, tes murs. En pans. Tes murs en pans. Homme a dit quand en l’homme mur s’effondre jamais ne se relève. Homme n’est que murs et pans. Homme n’est qu’effondrements, l’un sur l’autre, de ses pierres, jusqu’à plus, rien plus. Tes murs en pans. Tu les touches de la paume dans tes rêves et ne t’en relèves. Dans ton sommeil les aspérités grandissent. Au matin tu te sens plus effondré encore qu’au soir. Tu regardes tes murs et ne voit que fissures et brèches, ruines, pans. Tes murs en pans. Pans qui s’élèvent en basculant dans le ciel, la terre se renverse et se heurte, contre tes parois, contre tes parois. Tes murs en pans. Et à force de répéter tu entends empan, tes murs empan, petits murs saisissable entre ton pouce et ton petit doigt. Ne serais-tu que cela? Réponds, ne serais-tu que cela? Petits pans de murs compris entre le pouce et le petit doigt? As-tu vraiment déjà vu mur plus grand? Tes murs en pans. Tu ne peux rien contre les pans, ils n’ont aucune épaisseur, ce sont moulins à vent, ce sont façades d’aujourd’hui, ce sont les surfaces miroitantes du monde, comme tu les as dressées en ta tête. Tes murs en pans. Brisent en les parois de ta cage, ébranlent en les pariétales de ton crâne, tes murs, tes murs en pans, tes murs empan, ténus entre tes phalanges maigres. Es-tu bien ce vide que je vois courir, en son champ de ruines? Tes murs en pans. Jamais ne te relèveras, tu apprends à te mouvoir dans l’étendu, pourtant de jour en jour plus faible, de sentir la nuit s’effondrer, tes parois, tes parois. Quand enfin cela sera-t-il fini? Quand pourrai enfin marcher sans buter, contre mes parois, contre mes petites pierres éboulées, contre mes vieux caillots de roche? Tes murs en pans. Tes murs oui tes murs en pans que tu entends battant à tes parois osseuses au fur qu’empan par empan tu mesures la pauvre ténuité de tes murs en pans qui s’érodent et s’usent et un à un s’effondrent ne laissant à ta surface que cailloux dérisoires où buter dans tes phrases dressées comme des pauvres murs en pans.


Grièves tes blessures

Grièves tes blessures. Dites d’un mot qu’on ne dit plus, presque plus, comme on tait ses blessures mêmes, graves même, graves pour qui, pour toi? Grièves tes blessures. Rare et vieux oui ce mot de griève, n’en est resté que l’adverbe, grièvement, un dernier sursaut pourtant, dernier chant oui, ferait la douleur peut-être chanter, ou


Tu serais fleuve

Et sous tes pensées quoi, du cri et des larmes, les blessures tapies et muettes, contre quoi ta tête se défend, ta tête de tête, bloc carré et moteur, de par-dessus les flots de tes abandons, ce qui t’arracherait un temps à toi, te ferait pour la première fois du monde te pleurer, te pleurer


Comme soc en terre

Comme soc en terre. Tes ongles tranchants en ta peau sillonneuse. Comme soc en terre. Labourent le derme jusqu’au for épaisseur. Comme soc en terre. Ces ongles mêmes que tu ronges contre ta peau retournés. Comme soc en terre. Que fendent et creusent et saignent à douleur. Comme soc en terre. Quelle terre que ta


Nicolas Rithi Dion_creuser le point

Tiphaine Samoyault suggère quelque part (« le Présent illimité », Littérature, no 125, mars 2002) que la pertinence de la critique du contemporain tient à la possibilité offerte d’observer la littérature en train de se faire. Alors que la critique des écritures passées court le risque d’appliquer sur des processus inachevés et vivants des modèles et des


Ta tête bloc-moteur

Ta tête bloc-moteur. Et déjà tu entends les battements et carré le vrombissement. Ta tête blo-moteur. Qu’est en toi et vibre et frémit et bloque. Et tes pensées comme des pistons coulissant aux cylindres, répétitives. Ta tête bloc-moteur. C’est ainsi toujours que tu l’appelles, ta tête pensante. Toujours bloc non. Toujours moteur. Et tu sais