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	<title>Le Dernier des Mahigan</title>
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		<title>Interruption saisonnière</title>
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		<pubDate>Mon, 03 May 2010 21:44:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal & rêveries]]></category>
		<category><![CDATA[annonce]]></category>
		<category><![CDATA[interruption]]></category>
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		<description><![CDATA[Ce n&#8217;est pas pour les vacances, au contraire. Je dois finir ma thèse d&#8217;ici la fin août : plus le choix. Alors en vue du dernier droit, quatre mois de longueur, on se déleste autant que possible et on s&#8217;impose des oeillères. On se prépare à une de ces périodes où même l&#8217;essentiel est relégué [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Ce n&#8217;est pas pour les vacances, au contraire. Je dois finir ma thèse d&#8217;ici la fin août : plus le choix. Alors en vue du dernier droit, quatre mois de longueur, on se déleste autant que possible et on s&#8217;impose des oeillères. On se prépare à une de ces périodes où même l&#8217;essentiel est relégué en périphérie de l&#8217;action immédiate.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans doute, je tricherai, je viendrai écrire ici de temps en temps. L&#8217;important, aujourd&#8217;hui, c&#8217;est de m&#8217;alléger de toute obligation. C&#8217;est d&#8217;apaiser la friche.</p>
<p style="text-align: justify;">De toute façon, mes visites se faisaient déjà de plus en plus espacées : ç&#8217;allait être une grosse année, je le savais, et j&#8217;escaladais déjà. Seulement, maintenant, il faut passer le col une fois pour toute.</p>
<p style="text-align: justify;">Merci à tous les lecteurs du Dernier des Mahigan. De retour au temps des jours courts, promis!</p>
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		<title>Hormis ce qui de toi reste</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Apr 2010 13:00:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grièves]]></category>
		<category><![CDATA[mots & langage]]></category>
		<category><![CDATA[plainte]]></category>
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		<description><![CDATA[Hormis ce qui de toi reste. Encore une de ces phrases qui vous collent, qu&#8217;on n&#8217;a pas demandées, qui restent tout entière à déchiffrer, si peux, dans l&#8217;emportement soudain des autres phrases, qu&#8217;on ajoute, et de une, et de deux, combien il faut de phrase pour en éliminer une seule, même petite, récurrente, insistante, obsédante [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Hormis ce qui de toi reste. Encore une de ces phrases qui vous collent, qu&#8217;on n&#8217;a pas demandées, qui restent tout entière à déchiffrer, si peux, dans l&#8217;emportement soudain des autres phrases, qu&#8217;on ajoute, et de une, et de deux, combien il faut de phrase pour en éliminer une seule, même petite, récurrente, insistante, obsédante déjà, tout juste dite, et encore quelques chaînons de mots, comme si tirer un trait était possible, à force de, parler, écrire, une seule petite phrase et combien de coups de tête. Hormis ce qui de toi reste. D&#8217;où venus, cette syntaxe mauvaise, ces mots, je ne parle que de mots, ici, dans mes petites grièves, grièves, grièves contre le monde, que je seconde, à coups de marteau, à coups de mots, portés à mes phrases mêmes, que je dis, je dis, pourquoi, en rajouter, parler c&#8217;est rajouter, écrire c&#8217;est rajouter, des pans, des petits pans, de mots, encore et encore, et encore, contre ces syntaxes mauvaises, ou mièvres, ou vieillottes, ou fausses, ou discordantes, ou chantantes, c&#8217;est pareil, tout pareil, d&#8217;une fois à l&#8217;autre, d&#8217;une plainte à l&#8217;autre, grièves, grièves ce mot même, en tête de phrase, en tête de tête, caillot, parfois s&#8217;agglomère, grièves tes blessures, etc., vieille langue rêche, d&#8217;où venue? Hormis ce qui de toi reste. Oui tête de tête, tête dure, tête rude, tête carrée, dedans ces phrases, l&#8217;amour des angles, des symétries, des rimes presque, des rimes même, mauvaise tête, mauvaises rimes, mauvaise poésie, trop haut portée, c&#8217;est contre toi que je me bats, avec tes propres armes, deux un un un un deux, beau palindrome, belle symétrie, façade de carnaval, face de farce, et encore une, excusez-la, mais si c&#8217;était par là aussi, que s&#8217;ouvrait la langue, par la blessure, le coup porté, la destruction, l&#8217;altération, sérieux contre sérieux, pitre contre pitre, tant pis pour vous, tant pis pour la jeune langue, il sera toujours temps, plus tard. Hormis ce qui de toi reste. Hormis, hormis ce qui de toi reste, mis hors, mis dehors, désincrusté, comme me laver de ce qui reste de toi, qui toi, tout toi en moi, traces qui restent, restes qui s&#8217;obstinent, encore ces symétries, et même ces remarques sont de toi, n&#8217;importe quel toi, toi ou un autre, pour moi qu&#8217;importe, c&#8217;est toujours toi, et en tentant même de te bouler hors je t&#8217;entends, t&#8217;entend dire cela, bouler hors, ou autre chose, autre toi, encore ces symétries, n&#8217;importe quoi, il y a toujours du toi en ma langue, ça démange à la peau, ça démange à la chair, toi et toi et toi assez, et même d&#8217;être jamais moi c&#8217;est encore toi, toi ou toi, assez, jetons hors, poussons hors, hors soi, hors dans, allez racle, allez lave! Hormis ce qui de toi reste. Ce qui, ce qui de toi, ce qui de toi reste, et pan et pan et pan et pan, et un et un et un et un, et viens que je te frappe de mes syllabes solitaires, et viens que je joue du marteau sur ta gueule, et une de plus une ces mauvaises riment qui vous collent, mais brise, assez brise, je n&#8217;en veux, plus, de ces rimes, ni ces, monosyllabes, ces inversions, ni poésie, pas de chant, non lyre, ni, rien, ni, ni, ni, et voilà que ça repart, et je ne m&#8217;entends plus, je n&#8217;entends plus que toi, ou toi, toi, toi, ou ce qui en reste, et les coups de balais, et les coups de marteau, et les coups de pied au, qui disent ouste, et ouste, par ce qu&#8217;il en reste, ouste, de toi, ouste de toi, de ce qui reste, c&#8217;est trop déjà, trop, trop, trop.  Hormis ce qui de toi reste. Reste, reste, ce qui de toi reste, et la résistance, dans ce reste relégué, dans ce reste éloigné, dans ce reste abouté, dans ce reste virgule, dans ce virgule reste, comme un s&#8217;il te plaît, horrible, à entendre, grince, impossible, à accepter, hormis ce qui de toi, reste, je t&#8217;en prie, non, reste, non, pars, oui, non, oui, jusqu&#8217;au bout, les restes, les membres, les bouts, de toi, les derniers, je n&#8217;y crois pas, il en restera toujours, qu&#8217;est-ce que tu en sais, de toute façon hormis, de toute façon mis hors,  de toute façon excepté, ce n&#8217;est pas de cela, non, je ne parle pas de cela, mais de tout le reste, quel reste, le reste du reste, du reste de toi, je ne parle que de cela, cela excepté, cela mis hors, mais c&#8217;en est trop assez, ce n&#8217;est pas moi, pitié, plainte, griève, reste. Hormis ce qui de toi reste.</p>
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		<title>Détroit des visages orbes</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Apr 2010 01:06:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grièves]]></category>
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		<description><![CDATA[Façades. Façades hautes et pleines, orbes, sans ouverture par où voir, par où entrer, que te montre la ville dans tes marches solitaires, aux jours où tu n&#8217;es plus, que ce vent d&#8217;entre les murs, les façades, hautes et pleines, orbes, des visages des hommes qui habitent, et t&#8217;affrontent,  passage, dédale. Détroit des visages orbes. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Façades. Façades hautes et pleines, orbes, sans ouverture par où voir, par où entrer, que te montre la ville dans tes marches solitaires, aux jours où tu n&#8217;es plus, que ce vent d&#8217;entre les murs, les façades, hautes et pleines, orbes, des visages des hommes qui habitent, et t&#8217;affrontent,  passage, dédale. Détroit des visages orbes. Qu&#8217;est ta filée dans le monde, monde aux pieds de ciment, murs qui t&#8217;enclosent, étanches, comme l&#8217;asphalte à l&#8217;air du ciel, détroit des rues comme des couloirs longs, montagnes des façades hauts contreforts. Détroit des visages orbes. Tu marches entre deux fronts de boeufs musqués avant l&#8217;affrontement. Tu marches entre deux murs de films américains qui vont t&#8217;écraser. Tu marches entre deux plaques tectoniques, entre deux mâchoires de fer, entre deux pinces d&#8217;étau, tu marches entre les visages orbes des murs qui t&#8217;enserrent, tu marches dans ta propre gorge, et la douleur, et la souffrance, grièves, en grimaçant les avales, comme une boule, orbe. Détroit des visages orbes. Ainsi ton chant, et sa hauteur, à faux entre les murs de briques, entre les surfaces de ciment, râpeuses à écorcher les langues, revêche à retourner les cailloux. Quel chant, quel chant de gorge, détroit, orbe, tes mots, vieux, roulent au-dessus, de ce monde, qui n&#8217;y entend rien, n&#8217;entend rien, détroit, orbe, griève. Détroit des visages orbes. Ta tête de même une boule qui roule, une boule de mots, que le monde avale, avale sans bruit, dans un roulement, de silence, entre ses parois, entre tes parois, détroit. Détroit des visages orbes. Tes mots avalés quand se ferment les visages aux angles du détroit, l&#8217;équerre des rues où seul tu déambules, et évites de peu le tête à tête, le front à front, et file, et glisse, sur le talweg des villes, n&#8217;emportant que l&#8217;image, l&#8217;image d&#8217;un visage orbe, un de plus, en ta tête placardée, en ta tête emmurée, en ta tête enclose. Détroit des visages orbes. Tu obéis aux rencontres rectilignes que t&#8217;impose le monde, et avales tes griefs comme tu dévales les rues, un de plus, une de plus, et tout engorgé, et tout entêté, tu avances, tu avances, tu coulisses, tu tournes les angles des façades, tu lèves les yeux et suit, comme un couloir ton regard, les traînées d&#8217;avion à réaction, tu progresses, et qu&#8217;est-ce que ça veut dire.? Détroit des visages orbes. Toi les genoux au sang et ta langue haute au-dessus, étrangère, dépassée, qu&#8217;est-elle? Mais frotte donc! Mais ripe donc! Non. Tu préfères chanter comme en une ville de statues, en une ville de pierre. Visages orbes! Visages orbes! Détroit des visages orbes. Et tes coudes? Et tes genoux? Et ton vieux sérieux d&#8217;enfant, que devient-il en la ville, toute de béton et de brique, de ciment, quand entre tes angles tu dis, comme un psaume, comme un mantra, comme un mauvais titre de roman fantastique, ta petite phrase, une de plus, en l&#8217;air, au vent, chantée, trop haut, au-dessus des façades et des visages, qu&#8217;il y aurait à dire, ou bien les mots qui les disent, juste fermés peut-être, ou rudes, ou tournant, dansant, c&#8217;est reparti, tu repars. Au détroit des visages orbes. Non, non, cette langue est loque en ce monde neuf, descend, descend, un jour il faudra bien que tu descendes, même en ce que tu dis ta poésie, plus bas, plus bas, au ras des surfaces muettes, s&#8217;il y a de la langue, s&#8217;il y a des mots, là, là, au plus rugueux des matières pauvres, de chaque côté les voitures cabossables, les silhouettes raides, les façades pleines, et les visages fermés, de peur ou de violence, tournant comme des astres carrés, aux angles droits des rues, des rues droites et longues, ta vie en étau, tu repars, tu repartiras, comme on t&#8217;y pousses. Au détroit des visages orbes.</p>
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		<title>Ce corps d&#8217;angoisse</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Mar 2010 10:58:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grièves]]></category>
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		<description><![CDATA[Ce corps d&#8217;angoisse. Qu&#8217;est ce corps d&#8217;angoisse en mon sommeil ressurgissant, au soir seulement de mes jours, plaqué là à la peau mince des rêves, et qui n&#8217;est que pleurs et colères et cris. Ce corps d&#8217;angoisse. Cette peau franchie d&#8217;un seul glissement, comme passerait le corps à travers une bruine, des images d&#8217;ébats et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Ce corps d&#8217;angoisse. Qu&#8217;est ce corps d&#8217;angoisse en mon sommeil ressurgissant, au soir seulement de mes jours, plaqué là à la peau mince des rêves, et qui n&#8217;est que pleurs et colères et cris. Ce corps d&#8217;angoisse. Cette peau franchie d&#8217;un seul glissement, comme passerait le corps à travers une bruine, des images d&#8217;ébats et de sens, jusqu&#8217;à ce grand corps d&#8217;angoisse, sans transition que cette peau, cette peau comme une bruine, nuage mince et traversé, de l&#8217;autre côté aussitôt. Ce corps d&#8217;angoisse. Est-ce ce corps même qui angoisse, est-ce vrai de corps que cette angoisse, et sinon pourquoi ces mots à la main écrivant venus, ce corps d&#8217;angoisse, comme un amas, comme un monceau, comme un bloc. Ce corps d&#8217;angoisse. De l&#8217;autre côté de la détente comme un coup, au moment précis où le corps chute, qu&#8217;est ce primitif qui revient, au soir de mes jours de ville, qu&#8217;est cet animal et ce cri trop humain, colère, pleurs, juste à la peau de mon corps de singe. Ce corps d&#8217;angoisse. D&#8217;un film seulement traversé, et ce ne sont plus corps lascifs, mais sanglots à l&#8217;épaule et cheveux, corps-à-corps rien presque n&#8217;a changé, que cette émergence de l&#8217;angoisse à la peau, à la chair des nuits sourdes, mais que crie cette angoisse muette. Ce corps d&#8217;angoisse. Qui ne serait peut-être que cela, angoisse, qui en aurait plein les soudures, de l&#8217;angoisse, plein les chairs, de l&#8217;angoisse, plein le singe et l&#8217;homme, de l&#8217;angoisse, plein le poids et la masse, de l&#8217;angoisse, et qui au crépuscule se rappelle à elle, qui est mère, angoisse. Ce corps d&#8217;angoisse. Qui tantôt se détache d&#8217;un autre, homme, coups et violence, corps-à-corps. Ce corps d&#8217;angoisse. Qui tantôt s&#8217;épaule à un autre, femme, et sanglote son repos muet. Ce corps d&#8217;angoisse. Qui jamais ne dit rien, jamais ne parle mais crie, mais hurle, hurle oui jusqu&#8217;à la surdité, jusqu&#8217;au mutisme du corps, et pèse, et pèse de ses âges, humain, en la ville, les avions derrière grondent, les lumières s&#8217;éteignent, les moteurs, c&#8217;est le soir de l&#8217;homme, qu&#8217;en son corps, revit, ressent, l&#8217;angoisse. Ce corps d&#8217;angoisse. Colère à l&#8217;homme et pleurs à la femme, le plus ancien au plus près de la peau, théâtre à rejouer chaque soir de mes jours de ville, jusqu&#8217;à si peux parler depuis, depuis ce corps d&#8217;angoisse, qui n&#8217;est que cris et rapports, entre-deux, comme on voudrait de la langue là et s&#8217;arracher homme du soir de ses jours. Ce corps d&#8217;angoisse. Ce corps, ce grand corps d&#8217;angoisse, et lourd, d&#8217;entre les autres sourd, et hurle, à rien n&#8217;entendre de l&#8217;autre côté, de cette pourtant si mince, si mince peau du sommeil de mort comme une bruine.</p>
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		<title>Tes murs en pans</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Mar 2010 19:28:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grièves]]></category>
		<category><![CDATA[affects]]></category>
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		<description><![CDATA[Tes murs en pans. En pans de ruine, ta cage n&#8217;est que vide entre reliefs ruiniformes, qu&#8217;ébranlent encore les secousses nouvelles. Tes murs en pans. Ainsi s&#8217;élèvent, s&#8217;élèvent de tomber, dans de grands bruits sourds de pierres lourdes, sur tes parois, sur tes parois. Tes murs en pans. Tes murs, en pans, sont élévations anciennes, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Tes murs en pans. En pans de ruine, ta cage n&#8217;est que vide entre reliefs ruiniformes, qu&#8217;ébranlent encore les secousses nouvelles. Tes murs en pans. Ainsi s&#8217;élèvent, s&#8217;élèvent de tomber, dans de grands bruits sourds de pierres lourdes, sur tes parois, sur tes parois. Tes murs en pans. Tes murs, en pans, sont élévations anciennes, gauloises, menhirs, dolmens, parois détachées, vieilles et bleu-gris. Ne t&#8217;en défend pas, à quoi bon, s&#8217;ils sont ainsi, tes murs. Tes murs en pans. Tes murs arénés en pans. Tes murs écroulés en pans. Tes murs ruinés en pans. Tes murs effondrés en pans. Tes murs déchirés en pans. Tes murs hachurés en pans. Tes murs abattus en pans. Tes murs, tes murs, tes murs. En pans. Tes murs en pans. Homme a dit quand en l&#8217;homme mur s&#8217;effondre jamais ne se relève. Homme n&#8217;est que murs et pans. Homme n&#8217;est qu&#8217;effondrements, l&#8217;un sur l&#8217;autre, de ses pierres, jusqu&#8217;à plus, rien plus. Tes murs en pans. Tu les touches de la paume dans tes rêves et ne t&#8217;en relèves. Dans ton sommeil les aspérités grandissent. Au matin tu te sens plus effondré encore qu&#8217;au soir. Tu regardes tes murs et ne voit que fissures et brèches, ruines, pans. Tes murs en pans. Pans qui s&#8217;élèvent en basculant dans le ciel, la terre se renverse et se heurte, contre tes parois, contre tes parois. Tes murs en pans. Et à force de répéter tu entends empan, tes murs empan, petits murs saisissable entre ton pouce et ton petit doigt. Ne serais-tu que cela? Réponds, ne serais-tu que cela? Petits pans de murs compris entre le pouce et le petit doigt? As-tu vraiment déjà vu mur plus grand? Tes murs en pans. Tu ne peux rien contre les pans, ils n&#8217;ont aucune épaisseur, ce sont moulins à vent, ce sont façades d&#8217;aujourd&#8217;hui, ce sont les surfaces miroitantes du monde, comme tu les as dressées en ta tête. Tes murs en pans. Brisent en les parois de ta cage, ébranlent en les pariétales de ton crâne, tes murs, tes murs en pans, tes murs empan, ténus entre tes phalanges maigres. Es-tu bien ce vide que je vois courir, en son champ de ruines? Tes murs en pans. Jamais ne te relèveras, tu apprends à te mouvoir dans l&#8217;étendu, pourtant de jour en jour plus faible, de sentir la nuit s&#8217;effondrer, tes parois, tes parois. Quand enfin cela sera-t-il fini? Quand pourrai enfin marcher sans buter, contre mes parois, contre mes petites pierres éboulées, contre mes vieux caillots de roche? Tes murs en pans. Tes murs oui tes murs en pans que tu entends battant à tes parois osseuses au fur qu&#8217;empan par empan tu mesures la pauvre ténuité de tes murs en pans qui s&#8217;érodent et s&#8217;usent et un à un s&#8217;effondrent ne laissant à ta surface que cailloux dérisoires où buter dans tes phrases dressées comme des pauvres murs en pans.</p>
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		<title>Grièves tes blessures</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 22:16:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grièves]]></category>
		<category><![CDATA[blessures]]></category>
		<category><![CDATA[oiseaux]]></category>
		<category><![CDATA[plainte]]></category>

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		<description><![CDATA[Grièves tes blessures. Dites d&#8217;un mot qu&#8217;on ne dit plus, presque plus, comme on tait ses blessures mêmes, graves même, graves pour qui, pour toi? Grièves tes blessures. Rare et vieux oui ce mot de griève, n&#8217;en est resté que l&#8217;adverbe, grièvement, un dernier sursaut pourtant, dernier chant oui, ferait la douleur peut-être chanter, ou [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Grièves tes blessures. Dites d&#8217;un mot qu&#8217;on ne dit plus, presque plus, comme on tait ses blessures mêmes, graves même, graves pour qui, pour toi? Grièves tes blessures. Rare et vieux oui ce mot de griève, n&#8217;en est resté que l&#8217;adverbe, grièvement, un dernier sursaut pourtant, dernier chant oui, ferait la douleur peut-être chanter, ou crier, comme oiseau, une grive, chanter blessé, mort presque, et lyrique, le chant, archaïque, vieux chant, douleur, dernier. Grièves tes blessures. N&#8217;est pas juste dire qu&#8217;elles sont graves, graves pour qui, graves pour quoi? Non, est dire aussi qu&#8217;elles sont plaintes, qu&#8217;elles sont griefs, à l&#8217;endroit du monde, à l&#8217;encontre du monde. Plaintes oui, vieux registre, inépuisé, de la plainte, grief au monde pour les blessures reçues, et les chanter, comme oiseau, comme cri d&#8217;oiseau, oiseau blessé, répétitif, intarissable, tarissant pourtant, chanter. Grièves tes blessures. Tu les dirais profondes, tu les dirais douloureuses, tu les dirais mortelles. Et pourtant les veux vivre, les veux crier les veux chanter. Grièves, grièves, à vif seulement les blessures guérissent, grièves. Grièves tes blessures. Toutes les pelures de derme que tu écorches à fouiller infatigable les vieilles plaies! Tu t&#8217;écorches la peau, te déchires le corps entier, jusqu&#8217;aux os, si c&#8217;est par là qu&#8217;il faut en passer pour rouvrir les blessures recouvertes. Grièves tes blessures. Les dire grièves et ainsi te rappeler peut-être qu&#8217;elles existent, que sourdement même elles crient, plaquées là au fond des couches, chanter griève comme un rabot, chanter griève comme une écorcheur, chanter griève et derrière la pointe des mots assénés lancer des débits de phrases comme frottées, friction des mots sur les vieilles blessures, grièves. Grièves tes blessures. Jamais ne frotteras assez fort,  jamais n&#8217;écorcheras assez profond, quand tu sais la violence abrasive qu&#8217;il faut, pour soulever un temps les couches, et souffler vif sur tes blessures déguisées. Grièves tes blessures. Ainsi qu&#8217;elles sont, ainsi que tu les fais, ainsi que tu les veux, quand tu rabotes ton corps et tes âges, tes pauvres abandons, plains. Grièves tes blessures. Te plains toi pour mieux t&#8217;oublier, ceux qui condamnent la plainte ont tort, de ne pas s&#8217;oublier dans le cri et le chant des grives mourantes avant l&#8217;heure de la mort. Plainte, plainte, enfin s&#8217;adresse au monde celui qui adresse grief, non plus aux autres et aux choses et à lui, au monde. Grièves tes blessures. Grave oui et vieux le cri de la plainte, grief au monde de ne pas même entendre la plainte. Laisse, laisse tes asphaltes et tes murs âpres. Reconnais-tu le dehors en ma plainte, c&#8217;est ce temps qui te cerne et t&#8217;érafle. Grièves tes blessures. Qu&#8217;ont produit tes blessures sinon les idées implantées du monde dans la tête des uns et des autres, des corridors où enfant déjà tu te cognais les angles, ces murs toujours ces matières, âpres et irritantes, de loin en loin te rapprochant du monde, jusqu&#8217;en face tes yeux et te voir toi, mourir presque, mais avant crier, mais avant chanter. Grièves tes blessures. Oui grièves tes blessures ces hauteurs dressées de phrases et brèves, le temps chaque fois de tutoyer le monde, quand s&#8217;amenuisant en toi la distance rétrécit, chanter haut tout contre la proximité de la suture, comme d&#8217;écarter ténues dans la voix un temps court les plaques, et ce cri malgré, ces blessures grièves, grièves, grièves tes blessures au contact rugueux du monde vieillissant.</p>
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		<title>Tu serais fleuve</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 23:01:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Solitudes]]></category>
		<category><![CDATA[affects]]></category>
		<category><![CDATA[mental & cerveau]]></category>
		<category><![CDATA[rivières & eaux]]></category>
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		<description><![CDATA[Et sous tes pensées quoi, du cri et des larmes, les blessures tapies et muettes, contre quoi ta tête se défend, ta tête de tête, bloc carré et moteur, de par-dessus les flots de tes abandons, ce qui t&#8217;arracherait un temps à toi, te ferait pour la première fois du monde te pleurer, te pleurer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Et sous tes pensées quoi, du cri et des larmes, les blessures tapies et muettes, contre quoi ta tête se défend, ta tête de tête, bloc carré et moteur, de par-dessus les flots de tes abandons, ce qui t&#8217;arracherait un temps à toi, te ferait pour la première fois du monde te pleurer, te pleurer enfin, il te faudrait te pleurer pour continuer aussi loin de toi, t&#8217;arracher à toi de sanglots répétés, incontinents, tu pleurerais, tu te pleurerais comme un deuil, tu te pleurerais comme un mort, tu serais flot tu serais coulée, de par les planchers et les trottoirs, de par les rues et les caniveaux, tu serais flot enfin de cri et de larmes, tu serais bien quel épanchement, quelle coulée tu t&#8217;en irais dans le plus fluide de ce monde, n&#8217;ayant plus rien à voir avec toi, n&#8217;ayant plus rien à voir avec le solide et le rassemblé, n&#8217;allant plus que liquide et désassemblé, fluide en ce monde trop dur, et comme avec d&#8217;autres affluents te mélangeant, te mêlant, faisant fleuve, n&#8217;étant plus que courant, n&#8217;étant plus qu&#8217;afflux de ce fleuve, menant une extraordinaire vie liquide, comme au pied des montagnes qui t&#8217;ont grandi les rivières, sinuant et coulant, serpentant entre les saillies de la terre, si enfin tu le pouvais, tu y touches, trop souvent tu y touches, à la fuite, à l&#8217;état liquide, à l&#8217;épanchement, et que tu arrêtes, que tu refermes la brèche, est-ce la peur qui te fait cent fois reprendre aspect solide, quand tu es fait pour couler, et couler encore, et couler toujours plus, sur les plans horizontaux du monde, comme une surface miroir sur l&#8217;asphalte réfléchissante, couler de par les voyages et les villes,  couler de par le monde, ou juste comme ça au plancher de ton appartement, devant l&#8217;écran dressé vertical, transversal y couler en ressaut, de ressaut en ressaut comme eau de fontaine, et qu&#8217;est-ce pourtant qui dit coulée, qu&#8217;est-ce pourtant qui fait coulée, n&#8217;est pas encore ta tête, ta tête dure, ta tête solide, ta tête de tête, parce que le fluide se passe de mots, s&#8217;en passerait, si tu y étais, si tu étais, seulement fluide, seulement eau, coulant muette, aux plans horizontaux du monde, hors le solide, hors la tête, hors les mots, quelle digue en toi te retient continent, qui t&#8217;empêche d&#8217;être fleuve enfin, et te fait sculpter dérisoire des petits murs de mots.</p>
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		<title>Comme soc en terre</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Feb 2010 21:24:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grièves]]></category>
		<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[mots & langage]]></category>
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		<category><![CDATA[violence]]></category>

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Comme soc en terre. Tes ongles tranchants en ta peau sillonneuse. Comme soc en terre. Labourent le derme jusqu&#8217;au for épaisseur. Comme soc en terre. Ces ongles mêmes que tu ronges contre ta peau retournés. Comme soc en terre. Que fendent et creusent et saignent à douleur. Comme soc en terre. Quelle terre que ta [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://mahigan.ca/wp-content/uploads/ongle-bec.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-1054" title="ongle-bec" src="http://mahigan.ca/wp-content/uploads/ongle-bec-300x161.jpg" alt="" width="300" height="161" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Comme soc en terre. Tes ongles tranchants en ta peau sillonneuse. Comme soc en terre. Labourent le derme jusqu&#8217;au for épaisseur. Comme soc en terre. Ces ongles mêmes que tu ronges contre ta peau retournés. Comme soc en terre. Que fendent et creusent et saignent à douleur. Comme soc en terre. Quelle terre que ta peau, quel fertile, quelles moissons? Comme soc en terre. Quels silences et quelles eaux, quels sourds coulements? Comme soc en terre. Tes ongles jusqu&#8217;aux phalanges, tes mains sont raide violence. Comme soc en terre. Au profond de ton silence de cuir noir, dans l&#8217;épaisseur des sillons muets. Comme soc en terre. Ou bien comme dents en chair, cela qui te donnerait enfin prise sur ton corps, cela qui t&#8217;en calerait aux mâchoires le mors. Comme soc en terre. D&#8217;où le plaisir venu de s&#8217;écorcher à sang? Comme soc en terre. Ce qui démange est le contour mal tracé de ton corps, ses spectres comme manque à l&#8217;écart. Comme soc en terre. Et c&#8217;est cela peut-être qu&#8217;entre la chair et son flou tu grattes et tu cherches. Comme soc en terre. Tes ongles ce soc du monde t&#8217;en faire éprouver la surface. Comme soc en terre. Tes ongles ce soc de toi au monde t&#8217;en faire saigner la peau. Comme soc en terre. Tes ongles ces dents comme soc de fer à t&#8217;en crevasser le for épaisseur. Comme soc en terre. Oui comme soc en terre les morceaux durs de toi-même où t&#8217;accroches quand t&#8217;interdit la chair et son poids de terre de mort. Comme soc en terre. Oui comme soc les dents et les ongles dans tes chairs impropres que contre le monde tu voudrais isoler dans le for épaisseur du propre. Comme soc en terre. Et fait couler le sang et fait rougir les chairs, tu sais dans l&#8217;instant même du plaisir la souffrance amarrée. Comme soc en terre. Ton corps est acier et ton corps est cuir, ton corps est pierre et ton corps est terre. Comme soc en terre. N&#8217;atteint jamais ton soc la limite que tu voudrais palper, te gratterais-tu jusqu&#8217;à l&#8217;os que passerait encore outre, car ton acier est aveugle et ta chair muette. Comme soc en terre. Que parle pourtant outre ce mot étrange d&#8217;eczéma, l&#8217;archaïsme des vieilles consonnes et le z en sillons de labours dans ta peau? Comme soc en terre. Oui comme ce mot de soc qui brutal et vieux aussi partage consonne sèche et dure à t&#8217;écorcher pareil de la langue le palet. Comme soc en terre. Oui ta langue comme soc en terre d&#8217;en retourner à peine la surface comme d&#8217;espérer y atteindre au for intérieur quand se cache dans des miles d&#8217;épaisseur invisible. Comme soc en terre. La terre en toi est corps où retourne le soc des sillons de labour au tranchant aveugle des ongles dans la chair sourde des limites impalpables de ton corps que tu appelles spectres. Comme soc en terre. À peine pauvre fou ramènes-tu à la surface quelques pauvres cailloux de consonnes dures et sèches, quand comprendras-tu que tes mots tombent là exactement où le for n&#8217;est plus? Comme soc en terre. Comme soc en terre oui enfin comme soc en terre tes ongles et tes dents et ta langue à peine labourent des spectres à peine déterrent des cailloux et pourtant toi tu continues à parler de for intérieur tu persistes à dire for épaisseur tu parles tu parles et la terre reste muette et ton corps reste muet et toi tu t&#8217;enveloppes de tes mots en écart comme si c&#8217;était pour toi peau.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Nicolas Rithi Dion_creuser le point</title>
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		<pubDate>Sat, 20 Feb 2010 19:28:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques & échanges]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Nicolas Rithi Dion]]></category>
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		<category><![CDATA[temps & temporalité]]></category>

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		<description><![CDATA[
Tiphaine Samoyault suggère quelque part (« le Présent illimité », Littérature, no 125, mars 2002) que la pertinence de la critique du contemporain tient à la possibilité offerte d’observer la littérature en train de se faire. Alors que la critique des écritures passées court le risque d’appliquer sur des processus inachevés et vivants des modèles et des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://mahigan.ca/wp-content/uploads/nrd.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-1203" title="nrd" src="http://mahigan.ca/wp-content/uploads/nrd-297x300.jpg" alt="" width="297" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Tiphaine Samoyault suggère quelque part (« le Présent illimité », <em>Littérature</em>, n<sup>o</sup> 125, mars 2002) que la pertinence de la critique du contemporain tient à la possibilité offerte d’observer la littérature <em>en train de se faire</em>. Alors que la critique des écritures passées court le risque d’appliquer sur des processus inachevés et vivants des modèles et des constructions ultérieurement constituées, comme l’unité d’une œuvre, d’un nom, d’une image ou d’un style, la critique du contemporain – et c’est à la fois et sa chance et sa difficulté – a la possibilité d’observer la littérature dans le présent de sa formation. Elle peut ainsi parler des premiers écrits d’un auteur donné depuis les difficultés propres du présent, sans avoir à oublier ou écarter les écrits ultérieurs de cet auteur, ni les discours et les représentations qui les envelopperaient, puisque ni les uns ni les autres n’existent encore.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ainsi qu&#8217;on a pu assister, sur Internet, à l’émergence d’une écriture jeune et neuve, forte, qui mérite qu’on s’y arrête : l’écriture de Nicolas Rithi Dion. Émergence rendue visible à travers le blog <a href="http://www.paesine.com/">paesine</a> (récemment interrompu), et à travers le diptyque composé des textes <em><a href="http://publie.net/tnc/spip.php?article232">Rouge fort</a> </em>et <a href="http://publie.net/tnc/spip.php?article233"><em>Aller</em></a>, paru sur <a href="http://www.publie.net/">publie.net</a> en 2009 et auquel je vais ici me frotter.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est intéressant, s’agissant de ce diptyque, c’est que l’« en train de se faire », l’inachèvement, le travail continu, ce que j’appellerais en un mot la dimension <em>inchoative</em> de la littérature, cela me semble déterminer en sous-main l’écriture même, son esthétique propre. J’oserais même dire que les textes de Rithi Dion paraissent, à première vue, inaboutis, voire imparfaits. Mais il faut aussitôt se demander si l’imperfection<em> </em>ne réside pas dans le regard de l’observateur – du lecteur –, regard non habitué à ces formes nouvelles qui se cherchent et s’inventent dans le temps présent. Sans doute n’y a-t-il pas ici malformation, mais – je le répète – <em>inchoation</em>, c’est-à-dire commencement, naissance des formes. <em>Rouge fort </em>et <em>Aller </em>sont les premiers textes longs qu’a fait paraître Nicolas Rithi Dion. On voit s’y former une nouvelle écriture du présent, dans tout l’étonnement de son inchoation, manifestation particulière de la littérature en train de se faire.</p>
<p style="text-align: justify;">Matière et matérialité<em> </em>de l’écriture sont ici inséparables, c’est-à-dire que le substrat et le support de l’écriture vont de pair. Rithi Dion creuse la langue d’une matière neuve, encore inexploitée ou peu exploitée, amassée entre Rosny-sous-Bois, Noisy-le-Sec et Seine Saint-Denis : tours, terrains vagues, échangeurs, autoroutes, boisés, déchèteries, etc., matière emmêlée de noms et de signes, de sensations, et qui vient à la langue sans forme narrative ni représentative prédéfinie. Matière <em>a priori </em>« informe », c’est-à-dire sans forme, et qui demande à l’écriture un effort considérable de construction et d’invention. L’effort exigé commande de tenir sans puiser trop hâtivement dans la banque des formes déjà disponibles, de ne pas surimposer des formes constituées dans l’ignorance du réel à saisir et à interroger. Ainsi la forme romanesque est écartée d’emblée comme étrangère à ce réel des bords de ville et à la matière qu’il <em>suggère</em> à la langue. Pour coller au plus près du réel-source, l’on doit accepter de demeurer à proximité de l’informe, dans cet espace instable et naissant que j’ai qualifié d’« inchoatif ».</p>
<p style="text-align: justify;">Inchoation qui ne détermine pas que l’aspect formel de l’écriture, le rapport du substrat à la forme, mais aussi son aspect matériel, c’est-à-dire son format et son support. En fait, les deux aspects fusionnent parfaitement dans le très simple mot de « carnet », plusieurs fois énoncé dans les textes, plus particulièrement dans le second, <em>Aller</em>, par exemple dans l’extrait suivant :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">ceci qui endosserait cette manière lâche qu’il y a dans les carnets qui permettent, sous couvert de ce nom d’appartenance, cette désignation de – style – pratique et c’est bien là notre moelle sur table, d’éviter les transitions, de couper, d’ajuster à guise, de filer l’erreur, la répétition, renouer sans note explicative d’intention, réceptionner sans biffure les premières vagues de termes, biffurer, ouvrir, placer d’éventuels points comme des relevés géodésiques, mais qui n’est qu’une fausse lâcheté puisqu’il y a une certaine suite interne, une connexion qui serait du temps travaillé, un soubassement jalonné d’éclaircies propres à illuminer voire opérer l’hallucination chez le besogneux, le creuseur d’ombres, dans sa réclame d’éclats, de merveilleux, ou ne serait-ce qu’un petit peu plus d’espace à mûrir. alors ce qui s’apparente au carnet, le départ cent fois recommencé, mille fois renommé, ménage ses propres silences, incruste la matière pour devenir, par plis, un ouvrage, ce qu’il n’a cessé d’être évitant de se le dire autrement dit non plus un pense-bête d’affaires courantes – à traiter –, mais le courant en lui-même. (36-37)</p>
<p style="text-align: justify;">On lit d’abord cette « manière lâche » des carnets, qui désignerait aussi bien le « style », mot placé, selon l’usage très particulier que fait Rithi Dion de la ponctuation, entre tirets demi-cadratins, « – style – », comme d’en isoler la portée, le style c’est-à-dire la forme esthétique, caractérisée par ce qui est désigné comme évitement des transitions. De fait, en lisant <em>Rouge fort </em>et <em>Aller</em>, on se sent souvent un peu perdu, on saisit souvent mal ou difficilement les transitions d’une notation à l’autre, d’un fragment à l’autre. Ce sont comme des masses non linéaires qui se déposent devant nos yeux ; plutôt des points ou des taches de couleur que des lignes. Mais on suggère, plus loin dans le même paragraphe, que cette lâcheté pourrait être « fausse », qu’elle masquerait une « suite interne », faite de « temps travaillé ». Alors le carnet, continue-t-on, deviendrait ouvrage, composition tout en plis et en intensités sous-jacentes, en « courant ».</p>
<p style="text-align: justify;">Là où la forme matérielle du carnet est utile et nécessaire, c’est précisément de demeurer inchoative, de permettre de construire le livre à l’intérieur même de l’espace inchoatif. Le carnet, c’est le support où l’écrivain note des mots et des phrases <em>au commencement</em> (c’est le sens même du mot « inchoatif » dans notre langue : « commençant »). Il n’a habituellement rôle et fonction qu’à l’étape préliminaire de l’écriture; au bout du chemin, l’ouvrage fini le remplace. D’où l’importance, l’audace même de ce geste : demeurer dans la forme carnet, bâtir la prose depuis cette forme même, son informe.</p>
<p style="text-align: justify;">Aucun ordre, aucune transition dans <em>Rouge fort </em>et <em>Aller</em> n’est surimposée. La continuité, si elle existe, travaille au contraire « par en dessous », dans les souterrains de la langue. Le mot « inchoation » vient du grec « choare » qui signifie « faire une fouille », « creuser la terre » (en vue d’établir des fondations). Dans l’extrait cité précédemment, on relève des traces de ce champ de fouille : l’image du « relevé géodésique » notamment, ou l’expression « soubassement », ou encore la figuration de l’écrivant en « creuseur d’ombre ». Symptômes, sans doute, d’une conscience sourde, dans l’écriture, de cet espace inchoatif où la langue, en se recreusant elle-même, fouille dans l’informe pour y chercher des formes neuves, et se refonder partiellement. On devine bien une continuité, un rhizome de canalisations souterraines qui relieraient les unes aux autres les notations séparées des carnets, mais cette continuité est difficilement nommable et concevable, parce qu’elle repose sur des concepts de matière, d’espace et de temps non encore consolidés dans la pensée et dans la langue.</p>
<p style="text-align: justify;">On avancera ici une notion qui, si elle ne dit pas tout du travail de Rithi Dion, nous servira au moins d’outil conceptuel pour tenter un premier corps à corps avec les textes. Il s’agit de la notion de « ponctualité ». Il me semble que le temps ordonnateur de la matière du diptyque, au moins à l’échelle de la notation, du fragment, pourrait être défini comme temps ponctuel, ou temps de la ponctualité.</p>
<p style="text-align: justify;">À ma connaissance, il n’y a que Roland Barthes qui ait proposé une conceptualisation de la notion de ponctualité. C’était, comme on sait, à propos de la photographie, dans <em>la Chambre claire</em>, en revenant à l’étymon latin <em>punctum</em>. Le <em>punctum</em> de la photographie, pour Barthes, c’est le détail poignant, le <em>point</em> qui appelle au subjectif et à l’affect : « Le Punctum, écrivait Barthes, c’est ce qui me point ». L’intérêt du <em>punctum </em>de Barthes pour l’approche du diptyque de Rithi Dion tient partiellement à cette présence fantôme de la photographie derrière les textes. L’écriture est une « photo-graphie », une écriture de la lumière, et cette photographie est ponctuelle au sens où elle informe une temporalité non globale, non théorique et non générale, mais locale, relative et individuelle – ponctuelle.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut faire dévier le <em>punctum </em>de Barthes vers l’analyse du temps et de la matière de la prose et du récit, tout en préservant la charge sémantique imprimée au concept. De l’écriture de Rithi Dion, on peut dire qu’elle évite toute perspective surplombante sur la matière qu’elle relève. Elle procède au contraire par <em>ponctions </em>localisées dans la trame du réel, dans le tissu de l’hyper-ville. « Ponction » est un terme de chirurgie qui appartient à la même famille étymologique que « ponctuel » et « punctum », et que le Littré définit comme une « opération par laquelle on ouvre une cavité naturelle ou accidentelle pour en évacuer un liquide qui y est épanché ou accumulé ». Définition qui rappelle le « creusement », la « fouille » de l’espace inchoatif, et qui me paraît d’autant plus appropriée que l’espace des micro-récits du diptyque se présente souvent comme cavité, creux ou cuve où drainer la matière. Le prélèvement, la <em>ponction</em> de matière est conçue comme grattage du sol, creusage ou cuvage du terrain, ainsi que le suggèrent ces mots d’<em>Aller </em>retranchés d’un paragraphe plus long<em> </em>:</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">les tours d’horizon qu’on sait à ranimer prochainement, courses à pied, trains aléatoires, plein champ où tournailler, murs de décharge avec bennes et cagettes, sols très blancs très polarisants avec petits cailloux à compter à ramasser à rejeter, cailloux à frotter son pied dessus pour sentir le sol s’effriter, le grain bouger toute la longueur de la plante du pied, le grain broyé sous chaussures, le plaisir de limer ses semelles, de faire ses galoches à crampons, de râper les ustensiles multiples de la ville, plaisir d’entamer la terre, de la battre de l’entailler de la pointe du pied, plaisir de projeter la terre comme on éclabousse une bassine d’eau, le paysage lui-même compris comme une grande cuvette à placer sur sa tête comme certains fous s’affublent de casseroles dans certains tableaux flamands, de passoires, d’attirails domestiques, n’importe quoi du moment qu’il y ait rajout et protection, paysages qui travaillent la tête, paysages à n’en pas finir son tour de tête, tête à frictionner de paysages (132)</p>
<p style="text-align: justify;">Les images de la bassine d’eau éclaboussée et du paysage-cuvette, liées directement, et doublement, à la terre et à la tête, à ce travail de « creuseur d’ombre » un peu fou qu’on a déjà évoqué, ces images évoquent obscurément le procédé de ponction de l’écriture. Creux, cavités, cuves de la langue qui ne sont autres que les béances d’une écriture non encore formée au réel qu’elle extorque, qu’elle ponctionne. Il y a une violence inhérente, clinique presque, chirurgicale, dans l’opération scripturale de ponction, à décalotter et à fouiller ainsi le réel immédiat, pour rapporter à la langue un peu de matière en creux.</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque nouveau fragment du carnet, pas toujours bien distinct, pratique comme une nouvelle ponction séparée de matière. La ponction est par définition localisée, précise, chirurgicale, autant du point de vue spatial que du point du vue temporel. Je ne parle pas ici de précision géographique ou chronologique, mais de localité <em>esthétique</em>, à même de circonscrire le temps et l’espace en fonction de la sensation, de la perception, du reçu subjectif. Les traces directes de subjectivité sont rares dans <em>Rouge fort </em>et <em>Aller</em> (à peine quelques « nous », quelques « on », quelques « soi »), et pourtant partout l’écriture est subjective, c’est-à-dire relative. C’est autour de la <em>relation </em>de l’observateur au monde que s’agglomère la matière ponctionnée au réel, dans un espace-temps entièrement déterminé par cette relation. Ainsi cette notation extraite de <em>Rouge fort </em>:</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">niveau :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">fin de journée. remontée mécanique.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">en haut du boulevard, vue plongeante et carrefour à deux stops, puis un qui se fout en travers, là, une bouteille à la main, barbe, regard évasif, parole mystérieuse et s&#8217;en va. deux jeunes garçons, un aux mollets tendres et fumants, l&#8217;autre introverti, se promènent derrière, vers les bois, passent l&#8217;entrée ou ce qui délimite une possible entrée. ça n&#8217;est pas une forêt avec des hauteurs, rien qu&#8217;un peu de broussaille et verdure, terrain ou plateau ouvert là, un peu d&#8217;air et la vue.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">projeté passé les sapins, poteaux et murs, jusqu&#8217;aux maisons du lointain, recroquevillées dans cette couleur chaude de fin de journée vaporeuse, orangée. l&#8217;oeil descend en strates pour remonter du fond de cette crevasse.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">on observe alors un ciel changé. (60)</p>
<p style="text-align: justify;">Toute cette vision est déterminée par le point de vue de l’observateur, dans un espace-temps relatif. Perspectivisme et relativisme non nouveaux en eux-mêmes, mais violemment déplacés par l&#8217;espèce de « localisme » ou de « ponctualisme » qui en gouverne la temporalité. C’est « fin de journée », moment esthétique circonscrit, partiel. Le sujet lui-même s’efface derrière la relation locale et fractale, n’est plus que mouvement et regard : « remontée mécanique », « œil » qui descend et remonte la crevasse, « on », en soi vide, rempli seulement par l’observation : « on observe alors un ciel changé ».</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque notation n’est qu’un <em>point</em>, un <em>punctum </em>dont le lien aux autres points, à l’ensemble, demeure énigmatique, obscur, souterrain. Point de diffraction, encore fragile, qui ne repose sur aucune réalité consolidée, mais sur des mouvements, une trajectoire, une surface, une couleur, une impression, un rêve parfois (voir <em>Aller</em>). Le temps de l’écriture notationnelle de Rithi Dion est ponctuel au sens fort, et barthésien : c’est le temps de ce qui <em>point</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les phrases d’une notation, que l’on devine confusément liées par un même <em>punctum</em>, peuvent emplir une demie page, une page ou encore quelques pages. Mais la notation elle-même peut aussi procéder d’un ensemble de petits points, de petites notes – la notation alors considérée comme aggloméré de notes, comme dans cet extrait de <em>Rouge fort </em>:</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">notes :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">mont de terre élevé sur le terrain</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">cueillette à trois munis d&#8217;une échelle, de deux paniers en osier, l&#8217;un portant un chapeau cowboy</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">vent sec tournant faisant se lever la terre ; poussière</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">voiture abandonnée blanche au bord de la nouvelle route encore vierge, l&#8217;accès interdit</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">les tours parallèles aux poteaux seuls</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">un amas de pavés au premier plan ; triangle isocèle entre pavés, cerisier et carcasse automobile blanche</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">quelques piquets sur bois délimitant une ancienne zone, avec un portail à jamais ouvert, coincé sur une terre pelée</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">pare-chocs avant échoué devant le cerisier</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">toute silhouette apparaissant dès la route neuve ; western</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">dune près de l&#8217;A3</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">aujourd&#8217;hui une voiture délaissée au bord de la route, sans savoir comment elle est arrivée là</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">une cerise même peu mûre rafraîchit puis laisse un goût acre</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">venant du champ un homme vient grappiller des matériaux dans la voiture, puis repart lentement dans ses terres, en sens inverse (57)</p>
<p style="text-align: justify;">S’il s’apparente à un certain <em>pointillisme </em>littéraire, ce procédé demeure secondaire et le cède plus souvent à d’autres formes de picturalité. Le <em>punctum </em>de la notation<em> </em>est plus dense, plus profond, plus <em>creusé</em> et plus coloré que le point sautillant et superficiel du pointillisme. D’où ces expressions de couleur qui reviennent : « rouge fort » bien sûr, mais aussi « noir vert opaque », ou encore « rouge vermillon puissant » – couleurs fortes et profondes, qui révèlent la plasticité et la poéticité du paysage, quand la langue en conquiert de haute lutte une parcelle, qu’elle dispose sur la page comme un point, fort de sa ponctualité même.</p>
<p style="text-align: justify;">* * * * *</p>
<p style="text-align: justify;">À préciser, densifier, creuser ainsi le point, on a laissé un peu en plan la question de la continuité, à savoir comment les points communiquent-ils les uns avec les autres. Mais justement, la continuité ne pourrait-elle résider dans le point même, sans appel à la ligne – dans la persistance, voire la permanence de ce temps ponctuel, dans son obstination paradoxale et parataxique?</p>
<p style="text-align: justify;">Le point est brisure, poncture de la ligne, tout comme le présent immédiat est disjointure de la linéarité passé-présent-futur, de la durée bergsonienne. Mais la théorie enseigne que le point, le ponctuel, le présent peuvent persister comme tels et valoir pour l’ensemble du temps, sans avoir à se placer sous la coupe d’une totalité ou d’une linéarité quelconques. Heidegger a pensé l’immédiat présent comme retrait, brisure, discontinuité, disjointure. Dans son texte sur « la Parole d’Anaximandre » intégré aux <em>Chemins qui ne mènent nulle part</em>, il écrit : « le pré<em>sent </em>n’est que dans la mesure où, déjà, il s’en va de l’ouvert sans retrait et passe outre vers le retrait. Le pré<em>sent </em>présent séjourne à chaque fois pour un temps. Il séjourne en arrivée et départ ». Ce mouvement de retrait inhérent au présent immédiat, Rithi Dion le pratique dans la prose, l’actualise<em> </em>dans la langue, comme dans ce passage d’<em>Aller </em>où l’on lit<em> </em>: « il faut que les choses s’effacent, dans un lent retirement. on décide, – un lent retirement –, voilà ce qu’on ne nous enlèvera pas, la décision du retrait, sa mise en forme expéditive » (67). Que signifie cela, un retrait « qu’on ne nous enlèvera pas », un retrait décidé, obstiné? Comment le retrait même pourrait-il être mis en forme – forme même non définitive, « expéditive »?</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques pages après avoir parlé de la disjointure du présent, Heidegger ajoute cette précision :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Or, comme pré<em>sent</em>, ce qui séjourne transitoirement peut précisément – et lui seul le peut – en même temps s’attarder en son séjour. L’advenu peut même persister dans son séjour, uniquement pour rester par là plus pré<em>sent</em>, dans le sens d’une permanence. Le transitoirement séjournant ne veut pas démordre de sa pré<em>sence</em>. Ainsi il s’expatrie de son séjour transitaire. Il s’étale dans l’obstination de l’insistance. Il ne se tourne plus vers les autres pré<em>sents</em>. Il s’obstine, comme si c’était là séjourner, sur la permanence du persister.</p>
<p style="text-align: justify;">Est ainsi pensée, chez Heidegger, la possibilité d’une permanence, d’une continuité dans la discontinuité même. Le présent persiste comme point, dans sa ponctualité propre, c’est-à-dire comme disjoncture, comme poncture. Et c’est la clé conceptuelle qui me servira à ouvrir une dernière porte dans le diptyque de Rithi Dion. De notation en notation, de point en point, on ne passe pas, dans <em>Rouge fort </em>et <em>Aller</em>, d’un présent à une autre, puisque cela signifierait que les présents se positionnent, les uns par rapport aux autres, comme passés ou comme futurs. C’est chaque fois le même temps, le même présent qui travaille souterrainement, inchoativement l’écriture, en deçà de ses manifestations ponctuelles. La continuité tient à ce présent même, retirement continuellement repris qui détermine la forme transitaire et expéditive des textes. Le présent : voilà ce qu’on « ne nous enlèvera pas », ce dont l’écriture ne démord pas. Temps qui travaille obscurément et obstinément dans la tête, au fond du mental et du rêve; retrait qui s’étire entre ses tirets et persiste sur son <em>encore </em>: « ce – retirement –, on est encore à le rêver » (<em>Aller</em>, 67).</p>
<ul>
<li><em>Ce texte a été rédigé pour être lu lors de l&#8217;atelier &#8220;Écrire au présent&#8221; tenu à l&#8217;Université du Québec à Montréal le 19 février 2010</em></li>
<li><em>Photo : Nicolas Rithi Dion<br />
</em></li>
</ul>
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		<title>Ta tête bloc-moteur</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 23:21:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grièves]]></category>
		<category><![CDATA[concept & intellect]]></category>
		<category><![CDATA[mental & cerveau]]></category>
		<category><![CDATA[moteur & engins]]></category>

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		<description><![CDATA[
Ta tête bloc-moteur. Et déjà tu entends les battements et carré le vrombissement. Ta tête blo-moteur. Qu&#8217;est en toi et vibre et frémit et bloque. Et tes pensées comme des pistons coulissant aux cylindres, répétitives. Ta tête bloc-moteur. C&#8217;est ainsi toujours que tu l&#8217;appelles, ta tête pensante. Toujours bloc non. Toujours moteur. Et tu sais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://mahigan.ca/wp-content/uploads/tete-moteur.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1193" title="tete-moteur" src="http://mahigan.ca/wp-content/uploads/tete-moteur.jpg" alt="" width="230" height="212" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ta tête bloc-moteur. Et déjà tu entends les battements et carré le vrombissement. Ta tête blo-moteur. Qu&#8217;est en toi et vibre et frémit et bloque. Et tes pensées comme des pistons coulissant aux cylindres, répétitives. Ta tête bloc-moteur. C&#8217;est ainsi toujours que tu l&#8217;appelles, ta tête pensante. Toujours bloc non. Toujours moteur. Et tu sais d&#8217;où te vient de quelle consonance. Ta tête bloc-moteur. Que tu entends par là mental. Que tu entends par là menteur. Mais c&#8217;est l&#8217;image aussi du bloc carré. C&#8217;est le cri aussi sourd peut-être de ta peur. Ta tête bloc-moteur. En dehors qu&#8217;est-ce qu&#8217;il te reste, en dehors du bloc-moteur? Comment le saurais-tu, puisque tu y as tout mis? Tu ne sais que ce bloc. Tu l&#8217;imagines un peu haut, dans la partie supérieure de ton crâne, bloc qu&#8217;on aurait inséré là, dès ta naissance peut-être, ou un peu plus tard, comment donc le saurais-tu? Comment percevrais-tu le monde sans. Ta tête bloc-moteur. Tu sais bien ces démarrages sitôt qu&#8217;on te contrarie. Tu sais bien ces plans que tu échafaudes quand tu as peur. Tu sais bien ces repoussements et ces enchaînements. Tu sais cette mécanique bien rodé de ta mauvaise tête pensante. Ta tête bloc-moteur. Et tu ne les crois ceux qui parlent de suppression. Tu ne t&#8217;y fies ceux qui parlent d&#8217;arrêt total et définitif. C&#8217;est ton engin, c&#8217;est ta machine, c&#8217;est de là même que tu parles. Même si parole n&#8217;est pas alimenter comme pensée, mais donner des coups aux parois, aux parois du crâne, aux parois du bloc, faire qu&#8217;au moins résonne. Ta tête bloc-moteur. À ta naissance peut-être déjà. À ta naissance comment savoir. Peut-être au premier abandon, à la première disparition. À la première peur abandon. Se sentir chair détachée, même juste quelques minutes, juste quelques secondes. Alors démarrer, même un peu, même petit, un deux cylindre à peine, deux trois tours de. Ta tête bloc-moteur. Et c&#8217;est plus tard pas de doute l&#8217;alimentation et l&#8217;amélioration et la complexification. Les cylindres et les vitesses. La consolidation oui de ta tête pensante. Ta tête bloc-moteur. Quand tu deviens enfant et puis adolescent. Que tu traverses les solitudes et les délaissements. Qu&#8217;aurais-tu d&#8217;autre comme compagnon dis-moi que. Ta tête bloc-moteur. Et reliée pourquoi pas ton envie adolescente des motos et des tout-terrain et des motorisés. T&#8217;enfuir bien sûr, envie jamais satisfaite. Mais aussi désir même du moteur, et que le monde sous toi tourne de même vitesse qu&#8217;en ta tête. Ta tête bloc-moteur. Comme elle aime ta tête la marche et la conduite! Comme elle aime ta tête que le monde tourne avec elle! Pourquoi tu aimais tant la marche, que tu aimes encore. Pourquoi tu aimais tant conduire, que tu aimes encore. Mais attention maintenant tu sais comme c&#8217;est renforcer. Consolider ta tête. Ta tête bloc-moteur. Que roule, que roule et que broie et qu&#8217;écrase. Que facilement elle pilonne et toi-même et les autres. Ta tête bloc-moteur. Et déjà tu imagines cette tête-pilon, cette tête-marteau, cette tête-piston ou cette tête-moteur. Qui battrait du pavé, qui abattrait les murs, qui écraserait les hommes. Ta tête bloc-moteur. Comment vite aux angles ta tête elle se cogne! Elle n&#8217;est pas bien taillée pour ce monde ta tête. Peut-être si on t&#8217;avait jeté dans un monde seul et un. Mais ici partout elle se heurte aux mêmes murs. Ta tête bloc-moteur. Qu&#8217;as-tu plutôt consolidé ta main? Qu&#8217;as-tu plutôt assuré ton pied? Qu&#8217;as-tu plutôt logé en tes yeux. Qu&#8217;as-tu tant négligé de membres et de périphéries? Ta tête bloc-moteur. Ce qu&#8217;il t&#8217;aurait fallu sitôt de larmes pour éviter d&#8217;en arriver là. Ce qu&#8217;il t&#8217;aurait fallu de poings et de courses et de sanglots pour n&#8217;en arriver là. Ta tête bloc-moteur. Que si souvent comme dans les films de prison tu la lancerais sur les murs de ciment ta tête. Que si souvent tu en recracherais les pistons par les oreilles ta tête. Tu en vomirais l&#8217;huile par le nez et la gueule ta tête. Tu en éjecterais le bloc par ton pauvre crâne fracassé ta tête. Ta tête bloc-moteur. Tu es homme condamné à cohabiter forclos avec son moteur.</p>
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		<title>Oeil asséché</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Feb 2010 02:49:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grièves]]></category>
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		<description><![CDATA[
Oeil asséché. Globe craquelé comme terre aride d&#8217;Arizona. De ces sols vus jeune dans les revues géographiques. C&#8217;est la terre et toi et ton oeil en la terre. Oeil asséché. Et d&#8217;où l&#8217;idée venue d&#8217;en avoir déjà vu? D&#8217;où le souvenir sûrement faux d&#8217;y avoir même palpé? Oeil asséché. Tu revois le ratatinement de ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://mahigan.ca/wp-content/uploads/oeil-asseche.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1189" title="oeil-asseche" src="http://mahigan.ca/wp-content/uploads/oeil-asseche.jpg" alt="" width="264" height="220" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Oeil asséché. Globe craquelé comme terre aride d&#8217;Arizona. De ces sols vus jeune dans les revues géographiques. C&#8217;est la terre et toi et ton oeil en la terre. Oeil asséché. Et d&#8217;où l&#8217;idée venue d&#8217;en avoir déjà vu? D&#8217;où le souvenir sûrement faux d&#8217;y avoir même palpé? Oeil asséché. Tu revois le ratatinement de ce qui avait été rond. Tu revois le dessèchement de ce qui humide avait été. Globe visqueux et saumâtre tu l&#8217;aurais tenu en ta paume? Oeil asséché. Et si c&#8217;était en cours de biologie une dissection? Et si c&#8217;était oeil de boeuf pêché du formol? Alors le vide  du regard ne t&#8217;étonnerait plus qu&#8217;oeil de boeuf vivant. Oeil asséché. À moins que ce ne fut en tes rêves amers. Mais qu&#8217;eusses-tu donc rêvé d&#8217;un pauvre oeil asséché? Et quelle différence si c&#8217;est là en toi et coupe et acéré. Oeil asséché. Même ce serait l&#8217;oeil strabiste de ton enfance. Cet oeil droit opéré par sectionnement et rétrécissement.du nerf. Mais qui garde depuis toujours sa paresse. Et dans la fatigue son désir de fuite au-dehors. Oeil asséché. Serait-ce qu&#8217;en toi ne vois mais n&#8217;y pense le monde d&#8217;un seul oeil? Ou au mieux et le jour d&#8217;un oeil et demi? Sur les photos de toi enfant tu louches et ta paupière droite tombe. Oui tu n&#8217;as qu&#8217;un oeil et c&#8217;est un drôle de singulier. Oeil asséché. Mais encore ton oeil tu le vois et le palpe. C&#8217;est collant et désagréable au toucher. Chaque pression s&#8217;imprime indélébile comme en une balle de ping-pong. Mais bien plus molle et cartilagineuse ta balle. Au-dedans on devine comme un fond de liquide. Oeil asséché. Et quand pressent les doigts alors jouent les couches. Comme un oignon oui ton pauvre oeil asséché. Tu ferais le cauchemar d&#8217;en éplucher les dermes. Et par pression ce serait comme peau de raisin. Oeil asséché. Et qu&#8217;est-ce qui aujourd&#8217;hui d&#8217;y revenir précisément te presse. Y a-t-il en ton oeil moins d&#8217;eau que jamais? Sont-ce mois de sècheresse par le globe d&#8217;où tu vois? Oeil asséché. Passées les grandes marées de larmes. Oeil asséché. Finie la mousson des tristesses et blessures. Oeil asséché. Coupé le canal qui irriguait jusqu&#8217;à. Oeil asséché. Mais deçà ne pas croire que le coeur soit sec. Il y a aussi plaisance à se baigner l&#8217;oeil de larmes. Mais ce qui pousse en terre aride n&#8217;est-il plus fort et plus sec? Oeil asséché. Quand devant toi tu regardes et dilates paupières. Oeil asséché. Comme retrouver l&#8217;ouverture du premier dessillement. Oeil asséché. N&#8217;est pas que mort et palpation de cauchemar. Oeil asséché. Mais amincissement des couches par où te coule le monde. Oeil asséché. Voit mieux et moins flou qu&#8217;oeil sous torrent de larmes. Oeil asséché. Sent derrière pousser vents plus larges que mers. Oeil asséché. Est vision nette et sèche et abrasive parfois. Oeil asséché. Au milieu des sables et des poussières et des déserts. Oeil asséché. Tout collé du monde dans une friction venteuse. Oeil asséché. Proche la mort pas encore entre sec et mouillé. Oeil asséché. Regarde les grenouilles et en dédaigne la viscosité. Oeil asséché. Drôle d&#8217;oeil sans sexe ni glande. Juste frotté du réel le plus dur au contact. Oeil asséché. Sifflant et soufflant aux vents et soleils. Oeil asséché. Sentant touchant sinon plus  qu&#8217;il ne voit. Oeil asséché. Coule de lui enfin la dernière vie aqueuse et lustrée. Oeil asséché. Est pour toi violence nécessaire et sèche nudité.</p>
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		<title>Pleure abandon</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Feb 2010 15:38:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mahigan Lepage</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grièves]]></category>
		<category><![CDATA[abandon]]></category>
		<category><![CDATA[affects]]></category>
		<category><![CDATA[tristesse & chagrin]]></category>

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		<description><![CDATA[Pleure abandon. Ce n&#8217;est pas mot qu&#8217;on puisse seulement dire. Pleure abandon. Si ne le pleure qui le pleurera? Pleure abandon. Ce sont mots à comme trébucher de ta bouche. Pleure abandon. Ce sont mots d&#8217;une bouche bébé. Ce sont mots d&#8217;une bouche grenouille. Ce sont mots d&#8217;une bouche tétarde. Pleure abandon. Ce sont mots [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Pleure abandon. Ce n&#8217;est pas mot qu&#8217;on puisse seulement dire. Pleure abandon. Si ne le pleure qui le pleurera? Pleure abandon. Ce sont mots à comme trébucher de ta bouche. Pleure abandon. Ce sont mots d&#8217;une bouche bébé. Ce sont mots d&#8217;une bouche grenouille. Ce sont mots d&#8217;une bouche tétarde. Pleure abandon. Ce sont mots comme  bouche d&#8217;enfant sans sein. Pleure abandon. S&#8217;ouvrent sur un pluie d&#8217;heures et de tristesse. Pleure abandon. S&#8217;épanchent sur un éboulement. Pleure abandon. Pleure le plus beau mot de la langue française. Pleure abandon. Pleure le plus terrible mot de ta langue. Pleure abandon. Et n&#8217;en réchappe pas. N&#8217;en réchappe jamais. Ce serait t&#8217;en détourner. Ce serait remonter des fonds. Des fonds où les grenouilles et les tétards. Pleure abandon. Pour chaque fois qu&#8217;une nouvelle bulle éclate. Pleure abandon. Chaque fois que tes lèvres décollent et recherchent le sein. Pleure abandon. Sur ta langue seulement le goût des larmes. Quand je sais tu voudrais celui du bon lait. Pleure abandon. D&#8217;avoir été confié trop tôt à l&#8217;indifférence du monde. Pleure abandon. Des seins durs et taris. Des dos et des nuques mâles. Pleure abandon. Des années sèches et des pensées croûtées. Pleure abandon. Puisque tu es fait de cette eau-là. De cette eau sèche et visqueuse et amère. Pleure-la. Pleure-là. Pleure abandon. Pleure abandon. Pleure abandon. Mais? N&#8217;entends-tu pas dans tes mots la peur? N&#8217;entends-tu pas? Dis-moi. Dis-moi. Pleure abandon. Pleure abandon.</p>
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