Dans ces moments où on en aurait le moins tendance ou envie, où pour une raison ou pour une autre on est porté à l’attente, l’agitation, l’espérance, jamais en autre temps pourtant l’arrêt ne saurait être si indiqué et profitable.
C’est que, ce qu’on a considéré d’abord comme trébuchement, était en réalité brûlement et appel d’air de ce qui en soi ne veut pas s’éteindre. Qu’on arrête, donc, alors l’élan, et ce qu’on voit n’est qu’ouverture, disponibilité inouïe, oubliée, au monde et à l’autre.
Puisque brisure est ouverture, et que c’est cela qu’on retrouve chaque fois qu’agitation et attente et espérance nous envahissent.
Là au coeur, quelque vide qu’on voudrait vite remplir du dehors, comme si c’était possible. Si tant fait, on n’aura pas mieux réussi que de couvrir l’ouverture d’un puits de branchages et de terre meuble : on risque de se piéger. Parce qu’en-dessous le vide demeure, qu’on a tort de trop vite combler, puisqu’il crie et appelle, est en soi gouffre infini, plus grand tellement que les objets auxquels on le réduit.
Écoute quand il vient l’appel, et tâche au contraire de l’étendre. C’est signe que tu n’es pas encore totalement homme à l’étouffé.
Je dis écoute, je dis appelle, et l’image qui m’en vient est aussi sonore que visuelle. Une sorte d’ouverture oblongue et noire, au centre du coeur, qui se détecterait autant d’un soufflement, signe d’un espace peut-être infini.
Foyer d’une relation sans doute, encore une fois, très féminine au monde, et qui posséderait la force sinon d’un avalement, d’un enveloppement. Aspire ou souffle, avale ou enveloppe, involuté ou extériorisé : voilà qui n’est pas clair. Ainsi le mot “appel”, lancé, mais dans l’élan d’un retour.
Encore on n’arrive à susciter cette ouverture de soi-même, on dépend des circonstances. Et si, parce qu’on se serait endormi, elles venaient à manquer?
Apprends à cultiver à froid le vide. Pratique l’élan, l’appel sans objet, jusqu’à ce qu’enfouis qu’ils étaient, ils deviennent enfin pour toi – une seconde peau.

No Comments