Hormis ce qui de toi reste

Hormis ce qui de toi reste. Encore une de ces phrases qui vous collent, qu’on n’a pas demandées, qui restent tout entière à déchiffrer, si peux, dans l’emportement soudain des autres phrases, qu’on ajoute, et de une, et de deux, combien il faut de phrase pour en éliminer une seule, même petite, récurrente, insistante, obsédante déjà, tout juste dite, et encore quelques chaînons de mots, comme si tirer un trait était possible, à force de, parler, écrire, une seule petite phrase et combien de coups de tête. Hormis ce qui de toi reste. D’où venus, cette syntaxe mauvaise, ces mots, je ne parle que de mots, ici, dans mes petites grièves, grièves, grièves contre le monde, que je seconde, à coups de marteau, à coups de mots, portés à mes phrases mêmes, que je dis, je dis, pourquoi, en rajouter, parler c’est rajouter, écrire c’est rajouter, des pans, des petits pans, de mots, encore et encore, et encore, contre ces syntaxes mauvaises, ou mièvres, ou vieillottes, ou fausses, ou discordantes, ou chantantes, c’est pareil, tout pareil, d’une fois à l’autre, d’une plainte à l’autre, grièves, grièves ce mot même, en tête de phrase, en tête de tête, caillot, parfois s’agglomère, grièves tes blessures, etc., vieille langue rêche, d’où venue? Hormis ce qui de toi reste. Oui tête de tête, tête dure, tête rude, tête carrée, dedans ces phrases, l’amour des angles, des symétries, des rimes presque, des rimes même, mauvaise tête, mauvaises rimes, mauvaise poésie, trop haut portée, c’est contre toi que je me bats, avec tes propres armes, deux un un un un deux, beau palindrome, belle symétrie, façade de carnaval, face de farce, et encore une, excusez-la, mais si c’était par là aussi, que s’ouvrait la langue, par la blessure, le coup porté, la destruction, l’altération, sérieux contre sérieux, pitre contre pitre, tant pis pour vous, tant pis pour la jeune langue, il sera toujours temps, plus tard. Hormis ce qui de toi reste. Hormis, hormis ce qui de toi reste, mis hors, mis dehors, désincrusté, comme me laver de ce qui reste de toi, qui toi, tout toi en moi, traces qui restent, restes qui s’obstinent, encore ces symétries, et même ces remarques sont de toi, n’importe quel toi, toi ou un autre, pour moi qu’importe, c’est toujours toi, et en tentant même de te bouler hors je t’entends, t’entend dire cela, bouler hors, ou autre chose, autre toi, encore ces symétries, n’importe quoi, il y a toujours du toi en ma langue, ça démange à la peau, ça démange à la chair, toi et toi et toi assez, et même d’être jamais moi c’est encore toi, toi ou toi, assez, jetons hors, poussons hors, hors soi, hors dans, allez racle, allez lave! Hormis ce qui de toi reste. Ce qui, ce qui de toi, ce qui de toi reste, et pan et pan et pan et pan, et un et un et un et un, et viens que je te frappe de mes syllabes solitaires, et viens que je joue du marteau sur ta gueule, et une de plus une ces mauvaises riment qui vous collent, mais brise, assez brise, je n’en veux, plus, de ces rimes, ni ces, monosyllabes, ces inversions, ni poésie, pas de chant, non lyre, ni, rien, ni, ni, ni, et voilà que ça repart, et je ne m’entends plus, je n’entends plus que toi, ou toi, toi, toi, ou ce qui en reste, et les coups de balais, et les coups de marteau, et les coups de pied au, qui disent ouste, et ouste, par ce qu’il en reste, ouste, de toi, ouste de toi, de ce qui reste, c’est trop déjà, trop, trop, trop.  Hormis ce qui de toi reste. Reste, reste, ce qui de toi reste, et la résistance, dans ce reste relégué, dans ce reste éloigné, dans ce reste abouté, dans ce reste virgule, dans ce virgule reste, comme un s’il te plaît, horrible, à entendre, grince, impossible, à accepter, hormis ce qui de toi, reste, je t’en prie, non, reste, non, pars, oui, non, oui, jusqu’au bout, les restes, les membres, les bouts, de toi, les derniers, je n’y crois pas, il en restera toujours, qu’est-ce que tu en sais, de toute façon hormis, de toute façon mis hors,  de toute façon excepté, ce n’est pas de cela, non, je ne parle pas de cela, mais de tout le reste, quel reste, le reste du reste, du reste de toi, je ne parle que de cela, cela excepté, cela mis hors, mais c’en est trop assez, ce n’est pas moi, pitié, plainte, griève, reste. Hormis ce qui de toi reste.

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