Comme des phosphènes

On irait ainsi du plus petit au plus grand. On commencerait par esquisser les garages, et les maisons attenantes. On montrerait déjà cela : que les maisons et les garages sont enchevêtrées dans un même complexe. Au départ, la simple description de cela : poser comme représentation les murs, les corridors, les passages, les outils, les véhicules, les pièces. Le mot garage et ce qu’il appelle de représentation mentale. Mais en reconnaître aussitôt l’insuffisance, comme cela est mince, comme cela se retire. Et comment, en réponse, le dire confère à ce présent une épaisseur ; dire qu’on dirait diction, par ce que ce mot peut avoir de poésie, de faire, de tressage et de serrage. Comment donc l’épaississement – la densification poétique de la prose serait ce qui travaille, sous le récit, à donner consistance de langage à cela, les garages. En portant sous le récit les voix, les lamentations, les proférations, le langage comme épreuve ou expérience. Dessinant ainsi, au travers du récit, des intensités et des densités, des profondeurs et des hauteurs, des verticalités et des horizontalités. Et comme déjà tout est là, et même à chaque phrase, en son creusement : les niveaux, les structures, les déplacements, les trajectoires, toute une cartographie mentale dont le temps serait le présent.

On montrerait ensuite comment on peut faire translater cette épure des garages aux usines. La critique comme translation et grossissement. On reprendrait depuis le début, mais en maniant matières et techniques neuves, pour essayer de voir comment cela se reconstruit, se refait.

Puis on ferait pareil avec la ville, parce que le garage c’est déjà la ville, parce que l’usine c’est déjà la ville. Sinon que la structure mentale en deviendrait de plus en plus complexe.

Enfin on élargirait l’angle de vue aux paysages, et les garages et les usines et les villes défileraient comme du dehors ; mais dans ce défilement la structure demeurerait pourtant tissu serré, par la même diction travaillant en densité et en intensité. Ce ne serait pas une synthèse, il serait toujours possible d’élargir davantage. On s’arrêterait là, simplement.

Pour chacune des quatre parties, il y aurait bien sûr des livres qu’on privilégierait. Et comme de raison l’ensemble étudié deviendrait de plus en plus vaste à mesure qu’on progresserait en élargissement. Pour les garages, un seul livre. Pour les usines, trois. Et ainsi de suite. Mais les niveaux et les trajectoires – les intensités traverseraient les livres et les ensembles : de cela, à chaque moment, il faudrait tenir compte.

On serait content si seulement au bout persistaient, comme des phosphènes, quatre images d’un même réel reconstruit, prises selon des points de vue différents, en zoom arrière. La critique comme optique.

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