Une rue bordée d’arbres, longue. Des droites, des angles, droits. Des visages qu’on croisent et qui fatiguent. Des voitures qui traversent au feu, un empressement. Descendre dans le métro, parfois. Les escaliers mécaniques et pourtant on ne se sent pas moins fatigué, on descend manuellement. Une attente au quai, ou pas. L’impatience nerveuse, l’énergie qui déjà vous quitte. Les couloirs amples comme dans un film de Depardon, on n’y reste pas, ceux qui y vivent souffrent. Des portes battantes, tournantes, comme elles nous fatiguent ces portes, le vent, il faut toujours pousser très fort. Des ascenseurs, la gêne toujours, regarder en l’air. Ou au contraire lutter, se calmer, lorgner même vers l’autre, furtivement quand même. Les couloirs trop droits, comme les rues de cette ville, on se cogne. Et trop tôt on reconnaît les visages, où poser les yeux grand problème de l’homme, comme un enfant on voudrait se les cacher, il me semble que ça irait mieux. Et ailleurs, d’autres couloirs, toujours des couloirs. Et des travées de bibliothèque. Des codes obscurs qu’on retient ou pas, ils commencent presque toujours par P, P pour littérature, bon. La certitude irrationnelle où je suis qu’un item sera là où je le cherche, je n’aime pas chercher, j’aime trouver seulement, je trouve rarement. J’ai besoin de ce livre, de cet objet, pour se convaincre d’aller le chercher dans les endroits haïs, boutique, bibliothèque, mon cerveau le fixe solidement à l’endroit voulu. Plus possible de l’en déloger : il est là, il sera là. Alors c’est chaque fois la déception, ou presque : il n’est pas là. Combien de livres absents des travées des bibliothèques, qui devraient selon le catalogue y être. C’est exténuant. On repart, par d’autres rues, par d’autres couloirs, par d’autres allées. Des silhouettes raidies. Des tourniquets. Des murs de livres. Des portes qui s’ouvrent et se ferment, et pourtant on ne doit pas bouger, pas avant de voir le nom de la station connue. Des rues longues bordées d’arbres. Une attente au coin de la rue, les voitures devenues ennemies. Et derrière la porte qu’on dit de chez soi, se reposer vraiment jamais?
J’aime bien “les voitures devenues ennemies”. On se dit que le personnage est un piéton, peut-être même qu’il n’a pas son permis de conduire, et voilà que les voitures sont devenues, le temps de ce trajet, ennemies… Donc elles n’étaient pas ses ennemies avant. Alors donc, c’est un conducteur qui fait le trajet à pied. Est-ce pour une fois ? Y’a-t-il eu un changement de mode de déplacement dû à quelque chose de douloureux type accident, attaque de panique etc. ? j’aime quand d’un bout de phrase on peut se poser plein de questions.
)
(Oui, parce que je préfère chercher que trouver)
très juste “grand problème de l’homme où poser les yeux”
me suis permis un “rebond” par ici (http://www.àchatperché.net/spip.php?article48&var_mode=calcul)