Enchevêtrement

Et pourtant, l’ordre d’un visage. Qu’à force de fixer on n’y tient plus, l’oeil produit des visages. Le plus souvent, malicieux, en tout cas froncés, lignes centripètes ou angulaires. On soupçonne le cerveau reptilien, on en fait peu de cas.

Arbre de l’autre côté d’une grande fenêtre, frêne. Soi-même à plusieurs pas, à l’extrémité fermée d’une pièce longiforme, regard fixe. Et dans l’enchevêtrement des branches, ce visage au nez long et aux yeux triangulaires. Visage comme une flèche, ou une lance descendue du ciel à l’oblique, pour traverser le frêne non comme corps étranger, mais en lui-même, ou par lui-même.

Image où s’assemblent les pensées et les peurs, même si distraitement, si secondairement, comme un support où prendre appui pour déplacer en retour son propre regard. Chimère d’enfant apeuré ou d’adolescent drogué, je les connais ces visages. Vais-je les fixer enfin, une fois pour toute?

Et si j’entreprenais de démêler entièrement cet arbre, ce frêne que j’appelle parfois abusivement mon arbre, d’en épuiser (sur deux dimensions seulement) la multiplicité foisonnante des visages, de lui faire porter (le pauvre, mais il n’est pas pleureur) aux branches et au tronc la fronde de ce qui en moi-même m’enveloppe et m’étouffe?

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