il y a un an je partais

anniversaire d’un départ


13 juin 2013

Il y a un an je partais

Sans savoir ce que seraient les jours et les pays

Ni combien de temps

Ni où j’irais ni comment

Si je travaillerais, si je ne travaillerais pas

Si j’aurais des bourses, si j’aurais des chances

S’il y aurait des rencontres, et si oui lesquelles

Si j’aurais peur, si je rentrerais vite

Si je ne reviendrais pas

Si je ferais ma vie dans un pays ailleurs

Si je rencontrerais une femme, si j’aurais des enfants

Si j’écrirais encore, si je n’écrirais plus

Si je deviendrais un aventurier

Si je deviendrais un commerçant

Si je m’acheterais un voilier

Si je n’aurais plus jamais de maison

Ni de bibliothèque ni de bureau

Ni rien de plus que mon sac et mes ordis tout plats

Et un chapeau et un pantalon et deux shorts et des t-shirts

Et une paire de sandales et une paire de souliers

Si je tomberais malade, si j’aurais un accident

Si je boirais trop de bières, si je deviendrais gros

Si j’écrirais aux amis aux parents, beaucoup ou pas beaucoup

Si je resterais en Thaïlande, si j’irais au Japon

Si j’irais en Afrique, si j’irais en Amérique-du-Sud

Si j’aurais encore les colères que j’avais en partant

Si je serais bien si je serais pas bien

Si je deviendrais moine bouddhiste au Népal

Si je lirais beaucoup ou peu ou pas.

Il y a un an je partais

Sans savoir rien

Sans billet retour

Pas de plan pas d’itinéraire.

Et maintenant un an plus tard,

Maintenant je sais

Pas tout mais je sais

De cet an je sais

Ce qu’ont été les jours les pays

Si j’ai travaillé ou pas

Si j’ai écrit ou pas

Si j’ai lu ou pas ou peu

Si j’ai rencontré une femme, si j’ai eu des enfants

Si je suis resté en Thaïlande, si je suis allé au Japon

Je sais tout ça et tout le reste.

Mais un an plus tard aujourd’hui

C’est au départ que je reviens

Lui que je vois mieux maintenant, le départ

Et je me rappelle

Comme il y avait la peur

Comme il y avait l’ivresse

Comme il y avait le doute

Comme il y avait le vide

Comme il y avait le vertige

Comme il y avait le vivant

Et la seule certitude

De me lancer, et d’avancer.

C’était il y a un an

Je ne suis pas encore revenu.


(Écrit en Indonésie, dans la fatigue de la fin d’un voyage d’un mois — Philippines, Indonésie.)


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publié par Mahigan Lepage
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dernière mise à jour le 13 juin 2013
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