carnets du Népal | 3.7

carnet #3, « chambres » | fragment 7


17 août 2013

La chambre se referme sur mon corps malade.

À Manang, sur le circuit de l’Annapurna, pris de diarrhée et de fièvre. Dehors, il fait un froid sec ; dedans, je suis bouillant.

Le corps comme la somme de ses symptômes. Le corps comme émergence de réactions chimiques intensifiées par la prise de médicament.

Ma tête enfiévrée voudrait galoper, cheval fou, sur des montagnes d’éboulement. Cette pensée m’effraie. Le malade a besoin de sédentarité, même Bouvier. Je me sens si loin de chez moi ici, qu’en pensée j’y reviens. Cette chambre est ma chambre. Elle dérive peut-être, mais c’est ma chambre. Dehors, c’est la montagne ou la mer, qu’importe. Je contiens la fièvre, je bride le cheval fou, je le mets aux fers. Je suis malade, comme tous les malades dans les chambres de la Terre. Je suis à 3600 mètres d’altitude et j’ai le mal de mer. Je prends un médicament somnifère contre les nuits de fièvre. Je m’endors, corps et tête immobiles : un bateau me ramène chez moi.


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publié par Mahigan Lepage
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dernière mise à jour le 19 février 2014
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